Point de pivot à mi-parcours

/Julia au micro/

Samedi 6 avril : cela fait quasiment une semaine que je suis arrivée ici. Tout le monde guette l’éclosion progressive des sakura, un peu tardive cette année à cause d’un mois de mars plutôt frileux. Mon acclimatation est complète, le jetlag est résorbé, je ne me cogne presque plus aux gens dans la rue, et grâce à des efforts quotidiens j’ai un niveau de chutoro dans le sang qui commence à être satisfaisant (certaines personnes sont choquées à l’idée de manger des sushis tous les jours, sachez que ce genre de considération ne m’arrête certainement pas).

Je me lève ce matin, heureuse de notre sortie à Kamakura et Enoshima la veille (le billet narratif suivra dans un prochain épisode), mais percluse de courbatures et raideurs diverses. Je tente d’apaiser les kamis grognons qui logent dans mes mollets et mes lombaires… avec un sandwich à l’œuf, autre merveille culinaire secrète locale : deux tranches de pain de mie avec un genre d’œuf mimosa en guise de garniture, à première vue rien d’excitant mais je vous recommande de tester, ça a plus de charme que ça n’en a l’air!

Bref, sur ces entrefaites, nous arrivons au cours de Shiraishi-Sensei dans son dojo de Kita-Kashiwa. La lumière est belle, les gens sont souriants, nous retrouvons avec plaisir les visages familiers de quelques élèves, japonais et autres.

Shiraishi-Sensei commence par nous montrer sa version actuelle des Sanshin No Kata : ce sont des versions de travail, qui peuvent être pratiquées seul(e). Il nous donne des indications de déplacement, mais surtout de comment amener les frappes pour qu’elles émergent vraiment du mouvement du corps. Par exemple, sur le Sui No Kata, juste après le premier Ichimonji/Uke Nagashi, il nous fait placer la main droite sur le front ; et elle est propulsée par la rotation de la colonne vertébrale lors du pas en avant. C’est flagrant quand on le regarde : les frappes émergent du mouvement du corps, on retrouve encore notre fameux « Foot, Spine, Hand ». Dans son geste, tout est cohérent, et sans paraître fournir un grand effort, on sent qu’il développe une puissance phénoménale.

Au cours des 10 premières minutes, je réalise que… je ne sais pas faire Ichimonji (ça alors !!!). Plus précisément, je prends conscience que mon mouvement n’est pas du tout unifié : à chaque fois que je fais un pas et que je cherche à faire quelque chose de mes mains,  c’est comme si chaque étage bougeait un peu tout seul. Ça manque de cohésion, d’harmonie globale. Après des années à m’entraîner à isoler chaque segment pour affiner et contrôler mon mouvement, je constate que tout est morcelé et que cela m’empêche d’être dans le timing juste, dans le flow naturel. Et que ça me fait forcer à des endroits où ce n’est pas nécessaire.

A un certain niveau, je perçois que ce manque d’unité dans mon geste est lié à mon état mental. Ma posture morcelée se fait le reflet de tous mes tiraillements internes, de mon envie de faire, d’imposer à l’autre mon idée de ce qu’il doit se passer, de vouloir être quelqu’un ou quelque chose. Ces tiraillements éparpillent mon mouvement, mes pieds sont oubliés alors que mes mains cherchent à attraper des résultats, ma colonne ne transmet plus, et ma tête… alouette.

Le cours se déroule, j’essaie de me détendre du mieux que je peux. A la pause, je demande à Damien de me montrer la vidéo qu’il a faite du cours : en me voyant à l’écran, je fais le même constat, je vois tous les moments où mon mouvement n’est pas en harmonie et ça « crisse ». Je vois ce que ça raconte de mes dissonances intérieures. Pas forcément agréable pour l’ego sur le coup, mais ça m’aide aussi à voir dans mes angles morts. Le cours reprend, le travail continue.

Shiraishi Sensei nous montre d’autres variations autour des mêmes points clés : se déplacer, prendre l’équilibre de Uke, puis dérouler la technique une fois que tout est rendu facile, en agrémentant progressivement de quelques shutôs. Chaque mouvement est construit, avec une précision discrète, pour arriver exactement là où Uke ne l’attend pas, là où il ne peut pas opposer de résistance. Chaque mouvement prépare la suite, tout en étant dans la continuité naturelle du précédent : c’est un flot continu, et heureusement qu’il fait des pauses lors de ses explications pour nous laisser une chance de capter ce qui se passe.
Je  travaille avec Saito-san, un des élèves de Shiraishi Sensei de longue date, qui nous laisse à chaque fois pantois par son degré de relâchement et de finesse. Il m’envoie gentiment valser, ma colonne vertébrale fait des zigzags dans tous les sens. Je termine le cours fatiguée, et je me sens lourde.

L’après-midi même, je pars en vadrouille seule de mon côté pour revoir deux amies tokyoïtes que je n’avais pas pu recroiser depuis plusieurs années. La balade me donne l’occasion de profiter des fleurs de cerisiers, que ce soit ceux qui défilent à toute allure par la fenêtre du train qui trace à travers la ville, ou bien dans la petite rue anonyme avec son petit canal bordé d’arbres et peuplé de carpes (le canal, pas les arbres). Les retrouvailles avec mes deux amies me font du bien au cœur, il est des partages qui vont au-delà de la langue et des cultures.
J’enfonce le clou de cet après-midi self-care en allant à l’onsen, et en m’offrant même un long massage shiatsu, ce qui m’aide à faire la paix avec ce que je sens dans ma tête et dans mon corps. La détente amorce une certaine harmonie, je n’arrive presque plus à me souvenir de ce qui me préoccupait tant le matin même. Le soir en rentrant, mon état d’esprit est considérablement allégé !

Le lendemain dimanche, nous allons au Hombu Dojo pour le cours suivant de Shiraishi-Sensei. Quelque chose semble avoir mûri pendant ces dernières 24h, en tous cas j’entre sur le tatami avec le sourire. Effectivement, quand le cours commence, j’ai l’impression d’avoir l’esprit plus clair, plus tranquille.

Je sens, sur un pas en arrière, que mon poids vient se caler naturellement au-dessus de mon pied et que la rotation de la colonne vertébrale est équilibrée, il y a un axe. Bien sûr, on est loin de la perfection, mais… ça a la saveur d’un rayon de soleil qui perce à travers les nuages.

Le travail continue 🙂

Kuden avec Nagato du 03/04

Lors de ses cours, Nagato sensei fait, au moment de la pause, une transmission orale sous forme de questions-réponses, appelée 口伝

Kuden est composé de deux kanjis, 口 la bouche (ku) et 伝 la transmission, légende, tradition (den)

Tout le monde s’assied sur les côtés du Tatami, ceux qui le souhaitent peuvent  poser une question à laquelle Sensei répond.
Les sujets abordés peuvent être très divers mais trois questions sont ressorties aujourd’hui:


– Quelle sont les places de l’humour et du sérieux dans l’entraînement ?
La réponse de Sensei à été qu’il est important de rire. Le fait d’être trop serieux peut entraîner de la raideur et donc des risques de blessures.

Le fait de rire favorise le relâchement et permet de pratiquer de façon plus relaxée, mais il ne faut pas que ça prenne le pas sur l’entraînement. L’idéal étant l’équilibre d’une pratique studieuse et détendue.


– Peux-t-on s’entraîner avec vitesse et force ?
L’esprit de la réponse à été que la vitesse et la force étaient importantes mais que ce qui prévalait était de s’entraîner correctement, d’être juste dans sa pratique.


Cette réponse a amené la question suivante:


– Comment savoir si l’on s’entraîne bien, sachant que l’on ne capte que des bribes de ce qui est montré? Et comment, à partir de ces quelques éléments,  être sûrs que l’on avance dans la bonne direction?


L’idée de la réponse à été succinte: Keep going. Continuer à s’entraîner, sans relâche, en se basant sur que l’on voit au Japon ou sur les DVD de Soke pour être sûrs de partir d’une bonne référence.


La manière dont je comprends la réponse de Nagato sensei est qu’à force de persévérance, on grappille des pièces du puzzle et que le fait d’accumuler des pièces nous permet non seulement d’avoir une meilleure idée de l’image d’ensemble mais en plus de faire le tri entre les pièces qui sont importantes et celles qui ne le sont pas.

Si l’on devait résumer ce que j’ai retenu de cet échange, c’est qu’il faut continuer à s’entraîner, pas à pas, avec sérieux et bonne humeur !

Rémi

Entraînements – Jour 2 et 3

02/03/24 – Jour 2

Aujourd’hui, c’est mon premier cours au Japon !
Après un rapide petit déj’, en route pour le hombu dojo. Sur place, la magie opère. Je passe la porte coulissante  et Shiraishi sensei nous accueille en personne. Son éternel sourire aux lèvres, il nous tend quelques bonbons à chacun, habitude que l’on m’avait déjà rapportée.
J’écarquille les yeux, sollicité de toutes parts dans cet espace mythique. Tout accroche le regard, de vieilles photos, des estampes, de magnifiques masques de kamis, … et surtout le dojo, son tatami (bien ferme !), sa charpente en bois, et son autel avec une armure de samouraï, un portrait de Takamatsu, le maître  de Soke,… et tout un pan de mur chargé de dizaines de bokken  et des katanas, réservés à Hatsumi soke.
Il est 09h30, le cours commence officiellement dans 30mn mais Shiraishi sensei débute immédiatement son enseignement avec cette bienveillance qui lui est si caractéristique. Après quelques « techniques » mises en pratique avec Damien, le cours commence réellement. Nous sommes une petite vingtaine et nous travaillons avec d’autres élèves à tour de rôle. Je suis le seul ceinture verte et  dans un anglais approximatif, en ce qui me concerne, j’échange et me fait corriger par John, un Australien, Sven, un Suédois, puis Michael, un Américain. Celui-ci semble bien complice avec Joshua et Shiraishi sensei, et il s’amuse à simuler sur moi de bien vilains take ori notamment, mais toujours avec le sourire ! Je travaille mon relâchement mais ma prestation est bien indigne des lieux. Je suis pataud et pas bon à grand-chose.
Et puis comme un mantra de nombreuses fois entendu, surgit le légendaire  « foot-spine-hand ». Shiraishi sensei insiste particulièrement sur la douceur de nos gestes, de notre maintien, de l’absence de force. C’est tellement facile pour lui ! Je bataille avec moi-même et semble parvenir à un début de quelque chose.



La pause déjeuner arrive, nous trouvons un resto grandiose, 8 places seulement, au comptoir, autour de la cuisine ouverte. Nous déjeunons chez l’habitant ou presque. Nous voyons les préparations se faire sous nos yeux, le plateau de kara-age [prononcer kara-agué] est splendide, copieux et tout simplement délicieux pour une somme plus que modique.
Mais l’heure tourne et nous faisons retour au Honbu.

Noguchi sensei vient à notre rencontre tout sourire et nous souhaite la bienvenue. Le tatami est occupé par une cinquantaine de personnes, dont quelques ceintures rouges et vertes. Je travaille avec Julia. La promiscuité ne permet guère de nous étaler mais Noguchi sensei se « promène » sur le tatami. Il enchaîne les gestes, les sourires et les plaisanteries avec tout le monde en projetant, crochetant,… qui viendra à sa rencontre.
Les hanbo en mousse apparaissent et une nouvelle démonstration se joue sous nos yeux, le sensei simulant un vieillard face à un Uke inconscient du danger, le bâton virevolte au même rythme que sensei bloque et frappe et toujours conduit au sol l’importun. Le cours se termine, je sens mes jambes bien courbaturées et mes pieds semblent aussi avoir bien bossé. Mes deux séances du jour n’ont pas dû être si mauvaises.
Nous quittons le hombu dojo, pour un repos bien mérité au onsen.

03/04/24 – Jour 3
Entraînement à 14h30, et une première rencontre avec Nagato sensei qui, sous des air peu commode, semble d’une grande gentillesse. On s’apprête et on attaque.
Mon partenaire du jour, Rémi ! Nous enchaînons les techniques et honnêtement, regarder Nagato sensei est incroyable, il semble glisser sur le sol, il danse avec ses Uke comme un marionnettiste, c’est gracieux et d’une puissance incroyable. Je suis impressionné et son sourire et ses gestes confirment ma première impression.


Le cours passe à une vitesse folle et une nouvelle révélation se fait !  Roulement de tambour ! Il ne suffit pas de marcher, il faut aussi se tenir droit !!! Et ça marche même pas mal du tout.
Après une petite pause Nagato sensei revient sur le tatami et s’assied. Tout le monde l’imite tout autour de la pièce, alors qu’il demande si nous avons des questions à lui poser. Quelques très bonnes interventions sont faites (cette partie fera l’objet d’un article distinct traité par Rémi).
Je retiendrai de cet instant une sincérité, un humour et une vraie émotion partagés. Je suis convaincu par le maître autant que par l’homme.
Suite à cette phase de questions-réponses, il propose à l’un des interrogateurs de lui montrer, sur Damien, sa technique préférée.
Après deux démonstrations et une session collégiale, Nagato sensei reprend ladite technique à sa façon. Et c’est encore une leçon de finesse et de force hallucinante.
Le cours s’achève et pour être tout à fait honnête, mon cerveau s’échauffe et les larmes ne sont pas loin ! Ressentir ailleurs et auprès de la « source » cette même bienveillance que je ressens depuis mes tous premiers échanges avec les membres du club m’émeut énormément.
Fin du cours, photos avec Nagato sensei seul avec lui, puis tous ensemble.
C’est un moment précieux suspendu, qui me restera.

JC

Japon 2024: Arrivée, premier cours.

Ici Julia, qui prend le clavier pour un premier billet!

Après un départ samedi, j’arrive le dimanche matin à Tokyo avec un beau soleil et plein de lumière. Pas beaucoup dormi dans l’avion car les turbulences ne m’ont pas bien réussi, je suis contente de remettre les pieds sur terre. Quelques heures de sommeil qui manquent au compteur, mais qu’à cela ne tienne: en arrivant à Kashiwa j’ai pu attraper mon gi dans ma valise, et direction le Hombu Dojo ! (où, de toute façon, des gens dans mon état, ils en voient passer toutes les semaines… c’est pas mes cernes à moi qui vont faire une différence !)

Quel bonheur, mes retrouvailles avec le Hombu se font directement avec Shiraishi Sensei ! Qui, évidemment, me colle quelques bonbons dans les mains comme à son habitude, et clairement ça aide pour … [geste vague pour désigner mon état].

Je retrouve son mouvement doux. Posé. Construit. Quand on travaille en dehors de la complexité technique ou la vitesse, que reste-t-il ? … Foot, spine, hand.

Je remarque que ses omoplates sont parfaitement mobiles, que ce soit en homolatéral (quand il avance l’omoplate droite au-dessus du pied droit), ou en controlatéral (la ligne des omoplates qui twiste par rapport aux pieds). Cette liberté permet de multiplier les mouvements « bonus », qui prennent souvent la forme de shutôs en plus. Elle permet aussi (surtout ?) de faire ses déplacements sans que Uke ne puisse les voir ; et ce sont bien les déplacements qui créent cette fameuse prise d’équilibre. Donc, toujours un temps d’avance. Et des shutôs bonus.

S’en est suivi, sur la 2e partie du cours, un moment particulièrement déroutant pour mon cerveau embrumé puisque qu’on a travaillé sur des saisies en jouant beaucoup sur des déports d’attention entre les 2 mains : dans ce qui nous était proposé, Uke nous saisissait la main droite, et la première chose qu’on avait à faire, c’était de venir placer notre propre main gauche dans notre propre main droite. Ce qui peut paraitre contre-intuitif ! Mais avec ça, il y a un déplacement, qui amène toutes ces mains sur la ligne entre les appuis de Uke ; et le nœud formé permet de créer un point d’appui qui fait levier et nous permet de libérer la main saisie.

Même idée, déclinée sur une saisie à 2 mains. Shiraishi Sensei, une fois saisi, vient attraper un autre morceau : sa propre main, la ceinture de Uke, un bout de vêtement.  Avant ça il avait déjà placé ses pieds, mais Uke n’a rien vu venir. Et ses mains changent de place, dans un mouvement qui « ne compte pas vraiment* » et pourtant fait la différence.

* Vous voyez le genre de moment où une personne nous indique qu’elle est au téléphone, genre « attends 2 secondes », et que du coup on ne bouge plus un petit instant en attendant que ça se passe ? Voilà, ce genre d’angle mort mental.

En tant que Uke, je me suis retrouvée à me sentir prisonnière des 2 bras, alors que l’un des deux… était totalement libre, et c’était juste moi qui serrais le bras de Tori dans ma main. Mais j’étais persuadée d’avoir les 2 mains enserrées dans une prise.

Je vais pas vous mentir, je me sentais comme l’emoji avec la tête qui explose. J’étais assez fatiguée pour avoir l’impression de m’endormir à chaque fois que je clignais des yeux. Je n’ai quasiment rien retenu de ce cours, c’était comme si mon cerveau tournait « à vide », pas de cassette dans le magnéto, rien qui s’imprime sur la bande… donc a priori il ne me restait que le vécu de l’instant, pur moment présent. « Don’t think », qu’y disaient… Même en essayant, j’aurais pas pu !

Au milieu de ce brouillard, un point qui revient : Kuzushi, le fait de prendre l’équilibre de Uke. C’est ça le point de départ : une fois qu’on a pris l’équilibre, on peut faire la technique. Ce qui serait donc différent de : je fais une technique POUR prendre l’équilibre de Uke.

Et du coup, pourquoi on fait une technique ? Pourquoi on s’entraîne, en fait ? Qu’est-ce que je fous là, au juste ? Autant de questionnements métaphysiques qui ne font pas bon ménage avec mon manque de sommeil, et que j’ai résolus à l’aide d’une barquette de sushis joyeusement pêchée dans un supermarché voisin. Et je suis allée dormir.

Rentrée 2023-2024

Bonjour,

Nous entamons une nouvelle saison ou, devrais-je plutôt dire, nous poursuivons l’entraînement qui ne s’est pas arrêté de tout l’été, pour ceux qui étaient présents.

Les saisons nous donnent, malgré tout, quelques points de repère :

un commencement, pour les nouvelles personnes qui nous rejoignent : découvrir notre art, se familiariser avec les bases, les termes, les mouvements et la bonne ambiance du club (ça c’est généralement le plus facile!)

un recommencement pour les anciens : reprendre les bases, mais avec une saison de progression, les redécouvrir différemment puisque nous avons évolué, mûri, gagné en puissance et en sagesse.

un renouvellement de l’équipe cette année : nous avons un nouvel instructeur en la personne de Rémi qui a passé son 5ème dan au Japon en mai dernier, et une nouvelle équipe d’administration dynamique, avec un bel enthousiasme, de la rigueur, et des idées d’amélioration !

Bref nous démarrons la saison sous d’excellents hospices.

Voici quelques informations :

  • Le Forum des associations de Mennecy du 2 septembre s’est bien passé, avec une forte présence sur le stand et une journée très agréables, que ce soit le temps ou les rencontres, et une belle démonstration
  • Le Forum des associations de Soisy-sur-Seine aura lieu ce samedi 9 septembre, au gymnase des Meillotes (sur GPS vous pouvez taper Gymnase ou école des Meillottes… et ensuite suivre les gens depuis le parking).
    Nous avons une démonstration prévue à 13h.
  • Il n’y aura pas de cours ce samedi, puisque nous serons au form de Soisy
  • A partir du lundi 11 septembre nous faisons notre rentrée officielle et reprenons notre rythme de 4 cours / semaine (5 cours si l’on compte le « Cours Avancé » du dimanche réservé aux anciens)

Pour ceux et celles qui voudraient découvrir notre art, le mieux est de venir aux heures de cours pour, au choix, soit regarder, soit participer en montant sur le tatami (nous avons des assurances spéciales pour les cours d’essai, et c’est toujours mieux de vivre les choses de l’intérieur).

Au plaisir de nous rencontrer ou de nous retrouver sur le tatami !

Damien

Stage Retour Japon 3 et 4 juin 2023

Bonjour,

Nous organisons un stage, les 3 et 4 juin 2023, pour partager avec vous les connaissances et feelings fraîchement rapportés du Japon.

Ce stage se tiendra à Mennecy, à la salle Franco, avenue de Villeroy (notre dojo habituel) :
– Samedi de 10h à 17h
– Dimanche de 10h à 15h

Tarifs : 70€ pour 2jours, ou 40€ pour une journée (les repas sont inclus)

Vous pouvez vous inscrire et régler en suivant le lien sur le flyer du stage, ou régler sur place à votre arrivée.

Au plaisir de vous rencontrer ou de retrouver sur le tatami !

Damien

Escapade à Kamakura (« photo-reportage »)

La semaine dernière, nous avons passé une journée à Kamakura, à 50km au sud-est de Tokyo, au bord de l’océan Pacifique, avec notre guide locale ジュリア.

Ancienne capitale Shogunale, c’est une destination très prisée des Tokyoites (les temples, l’océan, les restau et commerces, les temples, la nature exubérante… les temples).

Ce jour-là il y avait particulièrement du monde puisque nous étions dans la Golden-week, qui comprend 4 jours fériés. Il y avait surtout beaucoup de jeunes, dont certains en yukata, tenue traditionnelle.

Vous ai-je dit qu’il y avait des temples à Kamakura ?
Le 1er temple que nous visitons a la particularité d’abriter une bambouseraie, et de proposer pour ceux qui le souhaitent une dégustation de thé matcha.
Les bambous… source inépuisable de jolies photos (et encore j’ai résisté à en mettre plus, et vous ai fait une sélection)
Rémi et Julia, rayonnants !
Damien, votre serviteur (et photo-reporter pour la journée !)
Nous attendons notre thé, qui est préparé en battant le thé en poudre auquel on a ajouté de l’eau, avec un fouet (chasen), pour le faire mousser.
On prend le temps de contempler les couleurs, les formes, les textures, notre thé a une belle mousse bien épaisse.
Et on déguste notre thé, assis face aux bambous, profitant du calme et de la beauté du lieu, propice à la méditation, invitation à vivre intensément l’instant présent.
Une pause entre deux temples pour nourrir les carpes koï.
Le deuxième temple est plus éloigné de la ville (heureusement nous avons loué des vélos électriques…parce-que ça grimpe !) et noyé dans la verdure.
Engaku-ji est l’un des plus importants complexes de temples zen au Japon…
… on prend la mesure de son importance quand on se trouve face à l’imposante porte à deux étages !
A gauche de la grande porte, un petit pavillon, bordé de tombes anciennes…
Tient, il y a des flèches….
… nous avons la chance d’apercevoir des pratiquants de Kyudo, la voie l’arc : leur concentration est intense, chaque geste est lent et fluide, puissant et précis, chaque étape exécutée avec le même soin, le tir (Hanare : la séparation) n’étant qu’une étape parmi les autres, et le résultat… insignifiant rapporté à la recherche du geste parfait et de l’harmonie intérieure.
Chut, nous les observons de loin, pour ne pas déranger.
Nous gravissons une pente raide pour accéder à cette cloche monumentale, trésor national.
Imaginez la vibration qu’elle doit produire à travers la montagne, lorsqu’elle est frappée !
Du sommet de la colline, nous apercevons quelques maisons nichées dans la verdure.
La nature, omniprésente, luxuriante, chantante, est sublimée par l’architecture des temples… à moins que ce ne soit le contraire ?
Tout ici semble conçu pour être harmonieux, que ce soit créé de main d’homme ou de la main de Dame nature.
Nos jeunes 7ème dan et Shidoshi, en harmonie aussi avec la nature !
Nous finissons les visites par un Tonkatsu (porc pané avec sa sauce mélangée au sésame que l’on pile soi-même, accompagné d’une salade de chou fraichement coupée, de légumes marinés, de riz et d’une soupe miso): après les nourritures spirituelles, les nourritures terrestres !
Nous finissons la journée au bord de l’océan, soleil couchant derrière le mont Fuji.

Fatigués mais le cœur léger, des images plein la tête, et du soleil plein la peau… nous sommes prêts à retourner sur le tatami !

En espérant que ce partage vous donne (encore plus !) envie de venir vous entraîner avec le grands maîtres japonais et de découvrir cette culture fascinante…
Amitiés,
Damien

Autour de mutôdori

Aujourd’hui, cours de Nagato Sensei autour de Mutō Dori

On pratique plusieurs exercices qui s’enchaînent,trop rapidement pour que j’arrive à les analyser dans le détail, mais suffisamment proches dans leur esprit pour que j’arrive à en capter quelques bribes.

Le premier point qui ressort est le timing. Si, sur l’attaque d’Uke on bouge trop tôt,  il a le temps de corriger son mouvement et de nous suivre. Trop tard et on se fait toucher.

Le deuxième point, sur lequel Nagato Sensei a  insisté,  c’est la distance.
Trop loin, on perd le contact avec Uke et on lui laisse la place d’attaquer de nouveau (sauf si c’est voulu).
Trop prêt et on se trouve à une distance dangereuse où l’on a pas le temps de réagir ou l’espace pour se déplacer.
Nagato Sensei nous a encouragé à travailler sur notre évaluation et notre ressenti de la distance. »Homework »

Le dernier élément est lié aux points de contacts, qui créent la relation avec Uke et ont une infinité d’applications. Contacter le poignet de Uke pour savoir où se dirige le couteau. Bloquer la main de Uke sous notre coude pour unifier  nos deux corps et que notre déplacement devienne le sien. Une main qui passe devant son visage pour capter son attention et masquer ce qui importe réellement. Un simple toucher léger pour l’empêcher de retrouver son équilibre.

Et c’est le bon timing, la bonne distance et le bon déplacement, bien évidemment accompagnés d’une posture correcte, qui créent le contrôle de Uke et de son arme, et mènent naturellement aux points de contact.

Il n’y a plus qu’à pratiquer!

Rémi

PS : quelques articles plus anciens sur le concept Mutô dori, si vous voulez approfondir : https://ninjas91.com/2019/04/13/mutodori-avec-hatsumi-soke/ et https://ninjas91.com/2018/02/26/muto-dori-notes/

Et un nouveau Shidoshi (5e dan) dans le club, tout juste après son saki test !

Cours de Shiraishi Sensei – 29/04

Tellement simple.

De l’extérieur, le cours n’a jamais l’air tellement intense. Les gens sont détendus, ça rigole à la pause, Shiraishi Sensei nous encourage constamment, on mange des bonbons. On ne sait même pas le nom des techniques qu’on fait.
(Ah si, on a fait une variante de Kôyoku, si vous voulez voir à quoi ça ressemble demandez à Jean-Christophe.)

On marche, on déplace/tourne la colonne vertébrale, on étend les bras : on prend l’équilibre de Uke. Tellement simple.

Alors on s’y met, après tout ça n’a pas l’air bien méchant, peut-être que cette fois-ci on ne va pas trop galérer. Mais quand on s’y essaie, on remarque qu’il nous manque quelques détails, donc on se retourne vers Shiraishi Sensei avec des points d’interrogation au-dessus de la tête, et on observe un peu plus.

Tiens, les pieds bougent juste avant que Uke n’arrive. Et des fois ils se re-déplacent une fois que le contact est établi, pour ajuster la distance. Et des fois ils changent juste de direction. D’ailleurs, Shiraishi Sensei précise que le timing est important. Trop tôt ça ne passe pas, trop tard ça ne passe plus.

Ok, donc on reprend. Au fait, à quel moment les mains se posent-elles ? La relation entre le déplacement des pieds et le poser des mains est assez intrigante, à la fois coordonnée et indépendante, c’est une rythmique délicate à capter.

Parfois, les pieds se déplacent dans un axe et les mains vont aller dans un autre. Et des fois c’est le contraire.

Parfois, avant même de bouger le moindre pied, Shiraishi Sensei a déjà pris notre équilibre dès l’instant où on le saisit.

Et quand on regarde encore de plus près, le placement des mains apporte d’autres nuances. Une main posée paume en l’air dans le creux du coude de Uke va faire remonter son humérus dans son logement, et la même paume posée au même endroit orientée vers le bas va détendre tout le corps et faire plonger Uke vers le sol.

Après la pause, on a ajouté un hanbo dans l’équation. Et on a commencé par une variante d’une technique relativement classique, Kosshi Ori, sauf que là on sort « à l’envers » et on fait tomber Uke sans toucher sa hanche.

Puis Shiraishi Sensei échange ses mains, la projection Omote se transforme en blocage Ura, toujours aussi simple. (Heureusement qu’on a que 2 mains, vu le temps qu’on passe à essayer de ne pas trop les mélanger !) (D’autant plus que Uke laissse traîner la sienne au milieu, c’est perturbant.)

Et on a assaisonné la dernière technique de petits pincements tournoyants sur la face intérieure du bras (oui, là où la peau est bien sensible, oui ça picote). Mais parfois on pince juste le t-shirt, et le simple fait de tendre le tissu vers le bas « suffit » à prendre l’équilibre.

Tellement simple. Et pourtant tellement difficile.

Article écrit à 3 têtes et 2 mains dans le hall de l’hôtel, après une ventrée de sashimis pour se donner du courage.

T-shirt commémoratif fait par notre buyu Joshua, la première fois qu’il a entendu Shiraishi Sensei admettre que cela pouvait être difficile.

Japon 2023 – Cours de Shiraishi Sensei du 27/04

Article à 3 voix // Episode à 3 pétales

Rémi :

Premier cours avec Shiraishi Sensei, qui m’accueille avec un immense sourire et une poignée de main. Ses cheveux ont blanchi depuis 2019, mais sa bonne humeur et son enthousiasme sont toujours aussi présents. Les autres élèves arrivent au fur et à mesure. Nous sommes peu nombreux, et Shiraishi Sensei nous distribue, comme à son habitude, des bonbons avant de commencer.

Je commence l’entraînement avec un élève japonais, qui est d’une légèreté et d’une fluidité déconcertantes, tant dans ses déplacements que dans ses contacts. Shiraishi Sensei nous répètera pendant tout le cours qu’il nous fait travailler les bases du ninjutsu, et que c’est en travaillant ces bases que les techniques émergeront (traduction libre).

Donc, travail de posture, de déplacement et de prise d’équilibre.

Il nous fait commencer par un premier exercice de déplacement, qu’il nous avait déjà fait travailler lors de mon dernier séjour et qui m’avait paru terriblement complexe. Il me parait toujours complexe, mais pas de la même manière. Il y a 4 ans j’essayais de faire quelque chose sur Uke, et j’avais du mal à  prendre son équilibre ; aujourd’hui le défi est de maintenir ce déséquilibre en restant droit, avec moi-même, à ressentir comment bouge le corps de l’autre. Shiraishi Sensei, lui, nous répète que c’est simple. « So easy ! »

Ensuite il nous montre qu’à partir de cet exercice, une fois le déséquilibre d’Uke obtenu, on peut réaliser à peu près n’importe quelle technique. En effet, à partir de cet exercice de base, il remplace la chute de Uke par Omote Gyaku, Ura Gyaku, Musha Dori, etc… démontrant bien que ce qui importe n’est pas la technique / la forme, mais le déséquilibre. Le déséquilibre qu’il faut obtenir, maintenir, tout en restant soi-même stable et ancré.

Petite pause, on mange les bonbons distribués en début de cours, puis on ré-attaque.

Shiraishi Sensei illustre Sui no Kata, en partant de Kosei no Kamae, et nous montre diverses variations :

  • Sur l’exercice de base, il bloque avec le bras gauche et contre-attaque avec le bras droit.
  • 1ère variante : le bras gauche vient frapper Uke à la gorge, contre-attaque avec le bras droit.
  • 2e variante : le bras gauche passe devant les yeux de Uke, contre-attaque avec le bras droit.

Bref, de multiples manières d’obtenir un Uke léger et conciliant, pour le plier aisément dans un Onikudaki.

Légère perturbation du cours : Damien arrive directement de l’aéroport, après un interminable parcours du combattant ; il se met en tenue et saute sur le tatami.

On reprend l’exercice de base de début de cours pendant quelques minutes, pour ensuite clôturer cette session.

Ce que je retiens du cours, c’est le contrôle que Shiraishi Sensei exerce sur Uke en permanence. Il contrôle son équilibre, son attention, son espace. Il est là, pleinement, il marche, et Uke tombe.

Je retiens aussi son économie de mouvement : Shiraishi Sensei bouge très peu, on a plus l’impression qu’il fait bouger Uke autour de lui.

Je pourrais continuer à en parler pendant des heures, mais pour ressentir cette ambiance, ce qui se dégage de Shiraishi Sensei, le meilleur moyen reste de venir le rencontrer soi-même.


Julia :

Les amis, ça fait 24h que je me creuse la tête pour trouver quelque chose à dire sur ce cours. Non pas qu’il ne se soit rien passé, au contraire. J’ai vécu des choses. Mais mon cerveau « verbal » a du mal à le retranscrire (et pourtant, vous l’avez remarqué, j’aime bien poser des pavés). Ou alors… je n’ai rien compris. Probablement les deux.

Si je vous fais la liste des techniques qu’on a fait, ça ne sera qu’une liste d’infos creuses. Si je vous dis qu’on a fait un pas, puis un 2e pas, ça crée le déséquilibre, on fait du « foot-spine-hand »… Ca ressemble à ce qu’on fait au dojo chaque semaine et vous allez peut-être rester sur votre faim.

Shiraishi Sensei nous montre un truc, c’est tout simple et fluide. Il va lentement, faisant même des pauses, pour nous donner une chance de voir et de comprendre ce qu’il fait ; mais même quand il suspend son mouvement, ça ne donne pas la sensation qu’il s’arrête. Il n’applique aucune force, mon corps s’envole (contrairement à ma tête, mon corps semble avoir une idée de ce qu’il se passe ???).

Et ça n’a pas l’air compliqué !

J’y comprends rien.

Même les rares fois où, par un mélange d’application et de heureux hasard, j’arrive à faire tomber mon Uke en ayant à peu près suivi le même cheminement de petits pas et de touches légères, Shiraishi Sensei me regarde avec un grand sourire et 2 pouces en l’air en me félicitant… Eh bah même là, j’ai toujours l’impression d’avoir rien compris.

Il nous remontre, inlassablement.

« So simple ! You can do it ! ». Grand sourire, 2 pouces en l’air.

Et je ne comprends pas.
Sur le papier c’est la même chose, faire un pas, poser la main là, regarder de l’autre côté, lever un peu ce bras-ci. Hop. Et pourquoi c’est aussi différent, selon la personne qui le fait ? Pourquoi est-ce que, quand c’est lui, j’ai la sensation d’être soulevée par une vague immense, sans jamais le sentir comme une agression ?

A un moment il nous a évoqué, brièvement, les cours avec Hatsumi Sensei. Que lui ne montrait jamais 2 fois la même chose, et qu’il fallait donc être entièrement présent pour avoir une chance de capter… quelque chose. L’essence du geste, le détail qui peut tout changer.
Peut-être qu’il faut alors renouveler l’état d’esprit dans lequel on aborde un cours. Que le but n’est pas de tout comprendre, ou de pouvoir refaire toutes les techniques, mais de capter au moins un point qui nous parle, et de le faire vivre.

Dans cette optique-là, on admet qu’on ne « comprendra » sûrement que 5% d’un cours (et encore, les bons jours). Et que notre corps comprendra ce qu’il peut, aussi. Et des fois ces 2 champs de compréhension ne se recouvrent pas forcément, n’avancent pas au même rythme, et ça tangue un peu le temps que ça s’harmonise.

Peut-être qu’en voyant un mouvement fait par quelqu’un d’autre, nos neurones miroirs nous donnent un aperçu de ce que ça peut faire d’être cette personne-là. Et que c’est pour ça que ça nous intrigue autant, que ça nous secoue de voir quelqu’un bouger différemment.
Je crois qu’il ne faut pas chercher à attraper ce qu’on voit avec le mental, avec la structure intellectuelle. Que seul le vivant-mouvant en nous, peut nous redonner le chemin de ce mouvement vivant.

Mais en attendant, je me sens perdue, et il faut bien commencer quelque part. Donc, je commence où je peux, et essaie de laisser une ouverture pour… autre chose.

Et je me sens toujours perdue, mais les mochis aident.


Damien:

Arrivé à Kashiwa après moultes péripéties – suite à un retard de l’avion au décollage à Roissy, j’ai dû attendre à Amsterdam un autre vol de 6h, passant par Dubaï, avec une escale de 3h bien loin de l’ambiance japonaise, et enfin un vol de 9h pour Tokyo, puis trois-quart d’heure de train – après moultes péripéties donc, j’arrive enfin à Kashiwa. 

Nous sommes jeudi. J’aurais dû arriver ce matin. Il est 20h.

Il est 20h et le cours de Shiraïshi sensei a déjà commencé et se termine dans 45 minutes.

Ça fait presque 3 jours que je n’ai pas eu de réelle nuit de sommeil, l’appel de la douche est fort, et puis le cours est bientôt terminé, je devrais aller prendre ma chambre à l’hôtel… 

Mais l’envie de revoir Shiraïshi Sensei, de retrouver les amis, Julia et Rémi mais aussi japonais et américains, de retrouver le tatami de ce gymnase de quartier à Kita Kashiwa est trop forte : c’est décidé je saute dans un taxi qui m’amène au gymnase en quelques minutes ! 

Enfin le gymnase, enfin le dojo, chaussures enlevées je dépasse le cours d’aïkido et enfin… 

Shiraïshi sensei vient à ma rencontre, les yeux pétillants : « Hello, welcome ! » en me serrant la main chaleureusement.

Julia et Rémi m’accueillent de loin, par une exclamation de joie ; Joshua, le copain américain qui vit sur place (et nous donne régulièrement des nouvelles) me salue d’un geste de la main.

Le bonheur de retrouver tout le monde ! 

Je voulais demander à Shiraïshi Sensei si je pouvais regarder la fin du cours (il reste vingt minutes), mais il me prend de court : « Join us and train, free class for you tonight ». (« Joins-toi à nous, viens t’entraîner, le cours est gratuit pour toi ce soir »)

Vestiaire, tenue ninja, affaires fourrées dans le sac, valise laissée à l’entrée, je retrouve Shiraïshi qui, malgré son attelle au genou, est venu jusqu’à l’entrée pour voir si j’arrivais. 

Il m’explique en anglais : « C’est une façon de faire très simple, par le déplacement on contrôle l’équilibre, et quand l’équilibre est pris on peut faire ce qu’on veut, il n’y a pas de technique, seulement du contrôle ». 

Il tend les mains, je le saisis, il recule légèrement le pied droit, ses épaules puis ses mains, je me retrouve sur la pointe des pieds. Il avance le pied gauche, tourne ses épaules puis bouge ses mains, je me retrouve en équilibre précaire sur mes talons, il refait un pas, cette fois vers la droite, pose sa main gauche sur mon bras droit et me guide jusqu’au sol, sans que je puisse rien y faire, comme si la nature en avait décidé ainsi. 

Mon corps est fourbu, mon cerveau dans le brouillard, mais l’ukemi est simple, évident, et mon âme exulte de joie. Quel bonheur de retrouver la finesse, la légèreté du toucher de Shiraïshi Sensei…

Il rit, et me fait signe de rejoindre Rémi et Josh pour pratiquer. 

Il reviendra vers nous à plusieurs reprises, pour nous montrer des variations, expliquant que, de toute façon, si on déplace d’abord le pied, puis le rachis, puis les mains…tout devient simple, l’équilibre de uke est pris et on peut faire ce qu’on veut. 

Et on peut ensuite, si l’on veut, nommer les techniques qui découlent de ce mouvement naturel. 

Il me fera même faire les mouvements sur Rémi, en me bougeant le bassin, les épaules et les mains… et un Rémi à terre ! C’est tellement simple… et cependant si difficile. 

Difficile de faire simple…

Mais comment est-ce possible, quel est ce mystère ?

Qu’est-ce qui nous empêche de faire simple ?? 

Sont-ce nos mauvaises habitudes posturales, les tensions et marques laissées dans le corps par notre histoire, nos peurs qui s’expriment et nous poussent à tout contrôler par la force, le besoin de compenser une mauvaise image de soi, les méandres de notre mental… ?

Chacun peut y trouver ses propres réponses. 

Ce qui est génial c’est que, par la pratique, nous avons un outil fabuleux pour dépasser tout cela, ou au moins pour réussir à vivre « malgré cela » et retrouver cette simplicité, à laisser s’exprimer notre être profond. 

« Train to yourself ».