Ici Julia, qui prend le clavier pour un premier billet!
Après un départ samedi, j’arrive le dimanche matin à Tokyo avec un beau soleil et plein de lumière. Pas beaucoup dormi dans l’avion car les turbulences ne m’ont pas bien réussi, je suis contente de remettre les pieds sur terre. Quelques heures de sommeil qui manquent au compteur, mais qu’à cela ne tienne: en arrivant à Kashiwa j’ai pu attraper mon gi dans ma valise, et direction le Hombu Dojo ! (où, de toute façon, des gens dans mon état, ils en voient passer toutes les semaines… c’est pas mes cernes à moi qui vont faire une différence !)
Quel bonheur, mes retrouvailles avec le Hombu se font directement avec Shiraishi Sensei ! Qui, évidemment, me colle quelques bonbons dans les mains comme à son habitude, et clairement ça aide pour … [geste vague pour désigner mon état].
Je retrouve son mouvement doux. Posé. Construit. Quand on travaille en dehors de la complexité technique ou la vitesse, que reste-t-il ? … Foot, spine, hand.
Je remarque que ses omoplates sont parfaitement mobiles, que ce soit en homolatéral (quand il avance l’omoplate droite au-dessus du pied droit), ou en controlatéral (la ligne des omoplates qui twiste par rapport aux pieds). Cette liberté permet de multiplier les mouvements « bonus », qui prennent souvent la forme de shutôs en plus. Elle permet aussi (surtout ?) de faire ses déplacements sans que Uke ne puisse les voir ; et ce sont bien les déplacements qui créent cette fameuse prise d’équilibre. Donc, toujours un temps d’avance. Et des shutôs bonus.
S’en est suivi, sur la 2e partie du cours, un moment particulièrement déroutant pour mon cerveau embrumé puisque qu’on a travaillé sur des saisies en jouant beaucoup sur des déports d’attention entre les 2 mains : dans ce qui nous était proposé, Uke nous saisissait la main droite, et la première chose qu’on avait à faire, c’était de venir placer notre propre main gauche dans notre propre main droite. Ce qui peut paraitre contre-intuitif ! Mais avec ça, il y a un déplacement, qui amène toutes ces mains sur la ligne entre les appuis de Uke ; et le nœud formé permet de créer un point d’appui qui fait levier et nous permet de libérer la main saisie.
Même idée, déclinée sur une saisie à 2 mains. Shiraishi Sensei, une fois saisi, vient attraper un autre morceau : sa propre main, la ceinture de Uke, un bout de vêtement. Avant ça il avait déjà placé ses pieds, mais Uke n’a rien vu venir. Et ses mains changent de place, dans un mouvement qui « ne compte pas vraiment* » et pourtant fait la différence.
* Vous voyez le genre de moment où une personne nous indique qu’elle est au téléphone, genre « attends 2 secondes », et que du coup on ne bouge plus un petit instant en attendant que ça se passe ? Voilà, ce genre d’angle mort mental.
En tant que Uke, je me suis retrouvée à me sentir prisonnière des 2 bras, alors que l’un des deux… était totalement libre, et c’était juste moi qui serrais le bras de Tori dans ma main. Mais j’étais persuadée d’avoir les 2 mains enserrées dans une prise.
Je vais pas vous mentir, je me sentais comme l’emoji avec la tête qui explose. J’étais assez fatiguée pour avoir l’impression de m’endormir à chaque fois que je clignais des yeux. Je n’ai quasiment rien retenu de ce cours, c’était comme si mon cerveau tournait « à vide », pas de cassette dans le magnéto, rien qui s’imprime sur la bande… donc a priori il ne me restait que le vécu de l’instant, pur moment présent. « Don’t think », qu’y disaient… Même en essayant, j’aurais pas pu !
Au milieu de ce brouillard, un point qui revient : Kuzushi, le fait de prendre l’équilibre de Uke. C’est ça le point de départ : une fois qu’on a pris l’équilibre, on peut faire la technique. Ce qui serait donc différent de : je fais une technique POUR prendre l’équilibre de Uke.
Et du coup, pourquoi on fait une technique ? Pourquoi on s’entraîne, en fait ? Qu’est-ce que je fous là, au juste ? Autant de questionnements métaphysiques qui ne font pas bon ménage avec mon manque de sommeil, et que j’ai résolus à l’aide d’une barquette de sushis joyeusement pêchée dans un supermarché voisin. Et je suis allée dormir.