Mutō Dori

Tout au long du séjour, le concept de Mutō Dori est revenu de manière récurrente, comme un fil conducteur reliant les différents enseignements, avec des expressions telles que « Mutō Dori feeling » ou « Mutō Dori taïjutsu ».

Le présent article est le fruit de réflexions suite aux cours suivis pendant mon séjour au Japon, mais aussi d’échanges avec des professeurs et d’autres élèves, de recherches sur différents sites etc.
Il ne s’agit donc pas de réponses définitives et à prendre au pied de la lettre, mais de pistes de réflexions pour créer votre propre compréhension de ce concept.
Et, évidemment, le plus important, au-delà de la compréhension, est d’expérimenter, de ressentir, de pratiquer sur le tatami et au-délà.

Mutō Dori (無刀取り ou 無刀捕) peut se traduire littéralement par « faire face à l’épée sans être armé », ou « sans tenir une épée ».

Mais la traduction ne donne qu’une très vague idée de ce dont il s’agit : dans le Bujinkan, Mutō Dori dépasse largement l’idée de techniques de désarmement. Il constitue l’essence de la pratique martiale.

Une pont entre esprit et corps

Mutō Dori se situe sur une ligne subtile entre l’esprit et le ressenti. Il incarne l’approche holistique propre aux arts martiaux du Bujinkan, où la technique ne peut être dissociée de l’état intérieur du pratiquant.

Comme l’écrit Masaaki Hatsumi dans Japanese Sword Fighting :

« Mutō Dori commence par le courage d’affronter un adversaire en étant prêt à n’avoir aucune arme. Sans un entraînement approfondi en taijutsu, vous ne pourrez acquérir la maîtrise subtile du Mutō Dori …/… Le cœur du guerrier repose sur la préparation. Le cœur de la nature, ou cœur divin, est fondamental. Ce cœur contrôle aussi le kamae physique. Sans unité de l’esprit et du corps, vous ne comprendrez jamais la raison d’être d’un artiste martial …/… Acquérir la véritable connaissance du Mutō Dori signifie gagner la protection des dieux. »

Cette vision relie directement la pratique martiale à une dimension spirituelle, fortement influencée par le bouddhisme zen : le mouvement naît d’un état d’unité intérieure plutôt que d’un effort volontaire.

La notion de courage

Mutō Dori implique une forme de courage.
Il ne s’agit pas seulement d’oser affronter un adversaire alors que l’on n’est pas armé, mais surtout d’avoir le courage de ne pas penser, de ne pas préméditer, de ne pas savoir ce que l’on va faire.

Face au danger, le pratiquant apprend à agir sans tension mentale excessive, avec un corps détendu et disponible. L’intention rigide – vouloir appliquer une technique précise – devient un obstacle, car elle réduit le champ des possibles.

À l’inverse, l’absence d’intention ouvre la perception : il devient possible de saisir ce qui apparaît dans l’instant. Le mouvement cesse d’être planifié pour devenir vivant. Chaque situation peut alors engendrer une réponse nouvelle, créative et adaptée.

Devenir « zéro »

Pour cela, tori doit devenir zéro.

Être zéro signifie :
– ne pas chercher, imposer, anticiper
– laisser venir dans l’instant, sans intention
– disparaître, être « rien ».

Tout devient alors possible. Lorsque tori devient « rien », alors peut alors naître « il y a ».

Mais être zéro ne concerne pas seulement tori.
On cherche aussi à amener uke à zéro, c’est-à-dire à un état où ses possibilités disparaissent :
– impossibilité d’utiliser sa force
– impossibilité d’appliquer une technique
– impossibilité de fuir…

Le contrôle naît alors non d’une opposition directe, mais d’une dissolution des options adverses.

Comprendre les principes plutôt que reproduire les formes

Shiraishi sensei nous a rappelé à plusieurs reprises de ne pas chercher à reproduire exactement les enchaînements montrés. Une technique n’est qu’un exemple momentané, et d’ailleurs Hatsumi soke n’enseignait pas de techniques.

L’objectif n’est pas l’imitation, mais la compréhension des principes.

Et comprendre les principes nous permet développer notre capacité à créer, à chaque instant, une réponse adaptée à ce qui se présente.

Mutō Dori est alors compris comme un processus vivant : la forme émerge de la situation plutôt que d’un modèle mémorisé.

Hatsumi soke - Muto dori
Hatsumi sensei – Mutō Dori

Au plaisir de nous retrouver bientôt sur le tatami !
Damien


Pour aller plus loin :

Quelques concepts connexes

Shizen Shigoku (自然至極), « l’ultime naturel » : un état de spontanéité dépassant toute explication rationnelle.

Banpen Fūgyō (万変不驚), « dix mille changements, aucune surprise » : la capacité à s’adapter à toutes les possibilités.

Kuzushi (崩し), le déséquilibre. Issu du verbe kuzusu (崩す), qui signifie perturber l’équilibre de l’adversaire, et peut aussi se traduire par détruire. Ici ce serait détruire la structure physique et mentale, en mettant uke dans un état de confusion qui l’empêche d’agir.

Voir aussi :

– Un article écrit par Arnaud Cousergue en 2015 Les Muto Dori ne sont pas les Muto Dori – Bujinkan Ninjutsu
– Un article écrit par Julia en 2018 Mûto Dori – Notes | Ninjas Club 91
– Le livre de Hatsumi soke, conseillé par Shiraishi sensei :

Fin de la première semaine

Une semaine intense entre entraînements au dojo, rencontres, et découverte artistique.

Bonjour à tous,

Cette fin de semaine a été bien remplie : beaucoup d’entraînements, de belles rencontres, et de belles expériences aussi bien sur le plan martial qu’humain.

Plutôt que de vous raconter chaque cours les uns après les autres, ce qui alourdirait un peu le blog, je préfère partager avec vous quelques éléments qui m’ont particulièrement marqué ces derniers jours.

Quelques enseignements marquants

Que ce soit dans les cours des sensei Nagato, Shiraïshi ou Furuta, malgré leurs styles très différents, certains principes reviennent constamment. Tous ont insisté sur plusieurs points essentiels.

Trois idées en particulier sont revenues régulièrement dans les cours :
– l’importance du déplacement (taihenjutsu 体術) : être au bon endroit, au bon moment, pour s’ouvrir le plus de possibilités… tout en limitant celles de uke ;
– la nécessité de créer le déséquilibre chez uke avant même de chercher à appliquer une technique ;
– et le feeling muto dori, un concept profond auquel je consacrerai sans doute un article entier.

Nagato soke 4 mars
Nagato soke 4 mars
Furuta soke 5 mars
Furuta soke 5 mars

Un entraînement en petit comité

Jeudi soir, j’étais au au dojo de Shiraïshi sensei à Kita-Kashiwa.

Nous n’étions que trois élèves : les frères Saïto (pour ceux qui les connaissent) et moi. J’ai donc eu la chance de m’entraîner uniquement avec des Japonais.

Ce fut une séance très riche, pendant laquelle j’ai pu travailler sur le relâchement : pas seulement celui des épaules, mais aussi celui des muscles posturaux profonds.

Grâce à l’aîné des deux frères, j’ai pu ressentir à quel point cela fait une différence d’être « relâché » ou d’être vraiment relâché.
Dans le premier cas il se montrait impossible à bouger : stoïque, tranquille et inamovible, il me laissait le temps d’explorer en moi-même les recoins où se nichaient encore des tensions ; et dès que je les relâchais, son corps partait instantanément en déséquilibre, jusqu’à se retrouver au sol (sans que je ne fasse rien de plus !).

Ce fut une leçon à la fois subtile, exigeante et libératrice (en tout cas un début de libération).

En effet il n’est pas impossible que, même dans les gestes de tous les jours, je (on) mette trop de force, trop de tensions musculaires, ne serait-ce que pour se tenir debout, tout en croyant être relaxé.
Reste à trouver comment conserver ce niveau de relâchement au quotidien, pour qu’il devienne le nouveau « naturel »… et à le conserver dans les situations plus stressantes.

Cours Shiraïshi 5 mars

Quand l’art fait écho à la pratique

Enfin, je voudrais partager un moment un peu différent, vécu samedi après-midi.

J’étais invité à une exposition de peinture par une Japonaise rencontrée il y a quelques années au dojo de Kita-Kashiwa. Son mari et son fils participent au cours de karaté qui a lieu juste après celui de Shiraïshi sensei le samedi matin. Comme elle parle très bien anglais, nous avions commencé à discuter… et, au fil des années, une amitié s’est créée.

Cette amie, Yoko Hata, est illustratrice et peintre amateur, elle fait partie d’un club qui exposait dans une petite galerie près de la gare de Kashiwa, assez proche de mon hôtel.

J’ai beaucoup apprécié l’exposition : l’accueil chaleureux de Yoko et de ses amis, la discussion avec son fils sur l’histoire européenne (sa passion), et bien sûr les œuvres présentées.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la série de peintures de Yoko, réalisées à la gouache. Elle y représente essentiellement des natures mortes de scènes du quotidien. Des sujets simples, très ordinaires… mais dont elle parvient à révéler toute la beauté.

En regardant ces tableaux, je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec notre art.
Le ninjutsu part lui aussi d’un geste simple, trivial – un coup de poing ou de sabre, une saisie – pour le transformer en quelque chose de beau, de fluide, voire transcendant.

Et c’est tout l’objet de l’Art martial : partir d’un acte terre-à-terre, le combat, et en faire un outil qui nous aide à devenir de meilleurs êtres humains, voire – pour ceux qui le souhaitent – à transcender notre nature humaine et entrer en contact avec notre nature spirituelle.

Voilà pour cette fin de semaine les amis, à bientôt !
Damien

Mon 1er Japon

31 mars / 1er avril 2024 – jour 1

Roissy 11h30, après quelques péripéties pour sortir nos étiquettes de bagages,  il est temps d’embarquer, nous voici à bord pour les 13 prochaines heures.

Je peine à dormir et le vol se passe dans cet état 2nd, mélange de fatigue et d’excitation. A peine 2 h de sommeil, Tokyo Narita est à l’approche.

 Ca y est je suis au Japon ! Et je n’y vois rien car tous les hublots sont à moitié fermés et mon siège est au-dessus des ailes… Au cours de la multitude de virages sur les pistes, je devine un ciel nuageux, il a plu récemment.

Bagages récupérés, formalités douanières réglées, nous  prenons nos billets de train pour Kashiwa.

Pénurie de semi-conducteurs oblige, pas de suica card, je prendrai mes tickets de transport à chaque trajet. Enfin nous embarquons dans la métro. Nous quittons Narita pour sortir au grand jour et parcourir la trentaine de kilomètres qui nous séparent de l’hôtel.

Le soleil est au rendez-vous et il fait chaud dans la campagne qui s’étale sous mes yeux. Je vois quelques maisons aux toits typiques avec leur tuiles miroitant sous les rayons du soleil, et quelques champs. Le ciel est lumineux. Les forêts alternent avec les bambouseraies.

Enfin la ville se profile. Plus aucune trace de verdure, les maisons et les immeubles de plus en plus nombreux se succèdent. J’ai l’impression d’être plongé dans un animé se passant dans les 70’s. Entre maisons, enseignes variées à la façon d’une ville  de grande banlieue, traversée par une départementale cernée de panneaux publicitaires.

 Kashiwa enfin ! Et là, je plonge dans l’ambiance. Immeubles, lignes à haute tension aériennes, restaurants (beaucoup de restaurants !), commerces et autres centres commerciaux (beaucoup aussi !), … Une fourmilière à ciel ouvert !

L’hôtel est à 2 pas de la gare, pendant qu’on remplit notre fiche d’arrivée, j’entends le rire communicatif de Julia qui arrive dans mon dos en compagnie de Fred, comme à son habitude elle est toute souriante. Nos chambres ne seront dispos qu’à 14h30, qu’à cela ne tienne ! Nous partons tous manger. Il est quand même 12h30 et il est grand temps de passer aux choses sérieuses.

Damien prend les rênes, je pense que la nourriture occupera une grande partie de ses préoccupations nipponnes ! D’ailleurs, il nous conduit dans un petit restau voisin. J’y mange un oyakodon de toute beauté. Le poulet à ce petit goût de fumé des grillades. Le riz est onctueux, nourri par la sauce, le poulet frit et un jaune d’œuf coulant. Petit intermède d’humour japonais puisqu’oyakodon, dixit maître Capello Julia, signifie « parent et enfant ». (🐔+ 🥚!).

Il est temps de ne pas s’endormir ! Direction Tokyo avec Rémi pour se rendre au temple de Meiji Jingu. Nous sortons du métro et traversons la rue. À l’effervescence citadine succède une petite place ou nous nous trouvons face à un torii gigantesque, véritable porte d’entrée vers le monde invisible des Kamis.

Dans un îlot de calme et de verdure, nous passons près d’1h à nous ressourcer dans cet espace de fraîcheur et de tranquillité. On se purifie à une source sacrée avant de pénétrer dans l’enceinte de ce temple magnifique.

Après l’achat de quelques omamoris colorés,

omamoris : amulettes traditionnelles japonaises shintoïstes ou bouddhistes

nous parcourons, au milieu de la ville, les quelques centaines de mètres qui nous séparent de Shibuya pour une séance photo sur son carrefour légendaire. La foule est immense mais disciplinée. Quelques filles costumées distribuent des flyers. Des karts tout droit sorti de Mario circulent sur la route au milieu du flot de véhicules, des camions aux couleurs de personnages de mangas et couverts de pub, circulent au son d’une j-pop tonitruante qu’ils diffusent volume à fond. Après quelques photos, on se balade dans les rues voisines mais la pluie se met de la partie.

Le retour à Kashiwa est long et le sommeil nous gagne. On se retrouve dans le hall de l’hôtel à 19h30, sauf Julia qui est partie au Honbu. On avale un ramen rapidement et il est temps d’aller se coucher.

Réveillé à 04h00 j’en profite pour écrire ces lignes.

05h13, il faut que j’essaye de dormir un peu pour assurer ma première journée d’entraînements avec Shiraishi et Noguchi senseis.

 Jean-Christophe

Voyage Japon 2024

Bonjour,

Comme certains le savent déjà, nous sommes partis à quelques-uns ce week-end pour le pays du soleil levant.

Comme nous avons coutume de le faire, nous partagerons ici notre vécu sur le tatami, nos impressions de voyage, peut-être nos découvertes (qu’elles soient martiales, culinaires ou autre), quelques photos… et peut-être quelques secrets ninjas qu’on nous aura transmis !

Je vous souhaite autant de plaisir à lire ces récits de voyage, que nous en prenons à les vivre et à les écrire.

1er cours avec Shiraïshi sensei
La saison nous promet de belles photos d’arbres en fleur !

Amitiés,

Damien

Stage Retour Japon 3 et 4 juin 2023

Bonjour,

Nous organisons un stage, les 3 et 4 juin 2023, pour partager avec vous les connaissances et feelings fraîchement rapportés du Japon.

Ce stage se tiendra à Mennecy, à la salle Franco, avenue de Villeroy (notre dojo habituel) :
– Samedi de 10h à 17h
– Dimanche de 10h à 15h

Tarifs : 70€ pour 2jours, ou 40€ pour une journée (les repas sont inclus)

Vous pouvez vous inscrire et régler en suivant le lien sur le flyer du stage, ou régler sur place à votre arrivée.

Au plaisir de vous rencontrer ou de retrouver sur le tatami !

Damien

Chapitre 6 : Le dessert

Le 19/02/2020
Pour les deux derniers jours de notre voyage, nous avons retenu un programme de choix : Une infusion concentrée de Shiraishi avec un nuage de Furuta, accompagné d’Onsen…
Mercredi, avant dernier jour, nous sommes allés voir Shiraishi Sensei au HonbuDojo le matin et à Kashiwa (ChuoTaikukan) le soir, avec au milieu une séance de bains chauds et massage.

Guerrier-pacifiqueLe travail du jour a été, de ce que j’en ai compris, sur la douceur, la continuité et les changements de rythme. Shiraishi sensei insiste beaucoup sur le fait de faire vivre une bonne expérience à Uke (jusqu’au moment où cela se passe mal si la problématique duelle n’a pas été résolue).

La douceur : Il s’agit de ne pas mobiliser la force, les muscles doivent rester relâchés, le touché extrêmement léger, de type haptonomique. Par cette légèreté (« gentletouch, easyyou can do »), Tori se met en relation avec l’ensemble du corps de Uke (voir surement plus que seulement son corps). La douceur (« softness, gentletouch, kindness » jalonnent le discours de Shiraishi) est la base du travail de mise en relation dans l’approche de Shiraishi. C’est une façon d’accueillir Uke en soi pour mieux le contrôler, et le faire voler ensuite diraient certains. Mais je pense que c’est aussi une façon de laisser sa chance à la paix, de reculer au maximum l’échéance de la rupture. Qui n’a jamais vécu cette situation toujours un peu étrange où, resté calme pour une fois, notre interlocuteur en colère se calme de lui-même ? Ne pas laisser prise à l’opposition. Mais ça ne suffit pas toujours, donc ce principe seul n’est pas suffisant.

La continuité : On a souvent l’habitude de pratiquer nos techniques pas à pas, prenant le temps de nous recentrer, de corriger notre position d’un temps fort à un autre. Mais l’approche de Shiraishi est différente. Comme l’essentiel du travail est centré sur l’expérience d’Uke, avoir une position parfaite est moins importante que la fluidité et la continuité du mouvement. Shiraishi insiste beaucoup sur le fait que l’équilibre d’un pratiquant statique est fragile par rapport à celui d’un pratiquant en marche. De même la mobilité douce permet de cacher à la perception d’Uke les micro-déséquilibres auquel il est soumis, chacun plus amplifié que le précédent jusqu’à la chute finale.

Le changement de rythme : Je n’ai pas trop travaillé sur ce principe qui est un peu au-delà de ma maîtrise actuelle. Disons que chaque principe reprend le précédent en y ajoutant une nuance (je parlais de continuité douce précédemment). Il est à noter que ce changement de rythme ne doit pas s’effectuer brusquement sous peine d’être « explicite » et anticipable par un Uke entrainé. Il faut de la continuité dans l’accélération pour surprendre et arriver à une situation désagréable absolument pas imaginable par Uke la seconde d’avant.

Bien sûr, cette pratique n’est pas faite pour apprendre à se battre, c’est plutôt une méthode de progression personnelle. Il faut être absolument convaincu que l’établissement d’un calme intérieur inébranlable (qui est selon moi l’un des piliers de la pédagogie Shiraishi) se traduira par un apaisement concret dans le monde réel, pour trouver du sens à ces exercices.
Si la finalité martiale de cette pédagogie est difficilement perceptible au premier abord, pour avoir bénéficié de quelques frappes « en douceur » par Shiraishi sensei, je ne doute pas de sa terrible efficience à long terme.

Pour ce qui est des bains, j’ai eu le malheur de répondre au masseur qui me questionnait sur l’intensité souhaitée « Bujinkan, don’t be afraid ! ». Encore une fois où j’aurais mieux fait de me taire ! Mais peut-être qu’arriver tout vermoulu et étiré au cour du soir a été une chance pour travailler dans la bonne direction.

Chapitre 5 : Le test

C’est par une très belle matinée au ciel pur et à l’air doucement rafraichissant que nous sommes partis pour le Honbu Dojo assister à un nouveau cours de Shiraishi sensei. Applicant le principe « early is not soon enough », nous arrivons bien en avance (pour une fois…). Il faut dire que pour m’en assurer j’avais soumis Damien à un rétro-planning serré dès son lever, tenant compte tout de même d’une halte à la boulangerie Délifrance… Or en arrivant, nous ne trouvons que quelques élèves désemparés. Shiraishi sensei n’est jamais en retard, il arrive même très souvent avec une heure d’avance (et nous gratifie alors d’une session « pré-training, easy you can do »). Le temps passe, 10h passe et toujours personne. Les premiers commencent à partir. Échangeant avec Alex (Alexander, un ninja viennois épicurien et farouchement sur la voie du guerrier pacifique, bref « un copain de promo »), celui-ci me dit que c’est une épreuve de patience et nous plaisantons sur le thème « when the time is right, the sensei shows up ». On se regarde tour à tour avec Damien et c’est vrai que le temps s’étire, il ne reste plus que quelques élèves.  Au moment pile où nous cédons à notre tour, avant même d’avoir fait ne serait-ce qu’un pas, Shiraishi sensei franchit l’angle du mur du Honbu Dojo dans sa Prius un peu décatie et au coffre surchargé. Et là, festival !Shiraishi

Shiraishi n’a pas d’élève, il nous appelle tous « friend ». Or depuis ce matin-là, que ce soit par « embarras » pour son retard lié à un motif personnel ou en reconnaissance du « tri » effectué parmi les participants, je pense que nous sommes passés dans la catégorie « close friends ». Un cours magique à 6 autour d’un grand sage, nous racontant sa vie entre deux techniques, un « easy, you can do » et un « be gentle, very sneaky ». Et dire que nous avions failli passer à côté avec Damien, ou peut-être que non. Après tout, c’est le genre de moment qui nous fait dire que « c’était écrit ». Mektoub.

Le soir nous sommes allés voir Noguchi sensei. Le dojo était bondé de monde. Il était très difficile d’exécuter les techniques complexes présentées, parfois un peu alambiquées pour un novice de mon acabit (3 tsuki suivis d’un coup de pied, avec Tori virevoltant). De même les traductions simultanées en anglais et en espagnol ne facilitaient pas la compréhension. J’ai pu travailler pour ma part avec un Shihan allemand et bénéficier de quelques conseils de Darren sensei qui semblait assister Noguchi sensei dans la gestion de la séance et dont la stature est conforme à la légende. Au final, je ne suis pas sûr d’être capable d’en ramener grand-chose au Dojo de Mennecy mais c’était une expérience à vivre !

Frédéric

Chapitre 4 : Le repos du guerrier

Le 16/02/2020 : Visite au Bujinkan Office

thinking-ninjaAfin d’éviter d’être mangé tout cru par le faire et le vouloir, il est important de ménager des respirations dans la pratique.
Ce n’est d’ailleurs pas si « inopératif » qu’il n’y parait, certaines fonctions agissant mieux en backoffice quand la conscience n’est pas sans cesse monopolisée par un présent trop intense. On digère mieux après un repas pantagruélique lors d’une bonne sieste pas vrai ?
C’est donc consciencieusement que je me suis appliqué à faire une vraie grasse matinée (alors que, boosté par ce séjour, je dors entre 2h30 et 4h par nuit le reste du temps !!!)

L’après-midi, nous sommes allés chercher les différents diplômes obtenus au sein de notre clan. C’est toujours un moment de fierté, un peu comme si les dan accordés (et donc reconnus) renforçaient l’aura du clan. En tout cas il est certains que plus il y a de pratiquants avec des dan « au dessus » de moi, plus le chemin sera aisé. J’espérais aussi pouvoir entrapercevoir Soke mais ça n’a pas été possible.

bureau-bujinkanfudomyoA 20 min du Honbu dojo à pied se situe un petit local en longueur assez discret, le bureau de Soke. Le seul signe distinctif est un magasin « attrape ninja » situé juste en face (et tenu par un commerçant un peu trop envahissant à mon goût)…et un énorme Bujin peint en rouge sur le rideau métallique, sans parler des statues de divinités qui gardent la porte d’entrée, dont Fudomyo.

Train-to-be-a-NinjaL’ère de l’informatique n’a semble-t-il pas encore atteint le Bujinkan. Les grades, les recommandations, toutes les démarches administratives de tous les membres sur notre planète sont gérés dans des registres papiers ! Le classement est digne des piles de courrier de Gaston Lagaffe. Autant dire que la patience est de mise. Le local est rempli de cadeaux offerts à Soke depuis ses débuts, qui donne l’impression d’être dans une boutique d’antiquité.
Il y règne donc une ambiance pitoresque et plutôt bon enfant au final, baignée d’une odeur d’encens assez sympatique. Il a été difficile de contenir mon hilarité compatissante face aux efforts d’un des gestionnaires pour traduire « Moutardier » en katakana. Je crois qu’on a fini par s’accorder sur un « MOU TA DJI RU » (ムタヂル).

17/02/2020 : Quêtes et Sakura

ShiraishiNous avons commencé par une séance de travail au Honbu Dojo avec Shiraishi sensei sur le thème anodin de comment « prendre » l’équilibre de uke sans le déséquilibrer…
C’est dingue comme ces « easy, you can do » vont me manquer dans quelques jours.

Nous avons ensuite convenus (Damien, Julia et moi) d’une double quête, à la fois gustative et utile puisqu’il me fallait désormais acheter un Kuro Obi. Or, contrairement à mon idée reçue, il n’y a pas de magasin d’art martiaux tous les 50 m à Tokyo, c’est même tout l’inverse, rien à voir avec Paris…

plat restaurant japonJulia nous a donc conduit dans les méandres du métro tokyoïte jusqu’à un restaurant improbable réservé aux initiés parmi les initiés, auquel on accède en passant sous le porche d’un immeuble, composé d’un seul comptoir tout en longueur donnant sur la cuisine.
ParcPuis nous avons visité en route un parc absolument magnifique aux perspectives sans cesses changeantes. J’ai adoré m’y perdre jusqu’à la fermeture. C’était une sorte d’oasis de calme et de sérénité au milieu des buildings de la ville et des autoroutes suspendues. Magique.

MilkshakeAyant finalement réussi à acheter le fameux kuro obi, Damien et moi n’avons pas reculé devant notre devoir de soutien et d’assistance à un membre du clan en grande difficulté. Julia, qui nous guidait sans faillir depuis le matin, s’est trouvée en proie à une extrême tentation incarnée par un Sakura late. Ce produit du démon n’était apparemment disponible que dans une enseigne bien connue que je ne peux nommer ici (pour les curieux, je vous donne deux indices : ça commence par Star et ça finit par buck). Nous sommes donc restés forts pour elle et l’avons accompagné par pure abnégation. Oui, c’est très girly (probablement mon côté Kawaii Ninja) mais c’est effectivement très bon.

De retour à Kashiwa, nous avons été contraints de nouveau de lui porter assistance en terminant la journée par un after à coup de Calpis Sour, puis d’un after d’after sucré, que Julia nous a cordialement invité à déguster dans la chambre de Damien.
Ce genre de coutume s’installe tellement vite 🙂

Frédéric

Chapitre 2 : L’épreuve

Le 14/02/2020 

J’ai conscience que ce pèlerinage martial à Tokyo est une forme bénigne de crise de la « quarantaine », ce milieu de vie où l’on sent le feu de la jeunesse s’éloigner sans percevoir encore la lumière et la sagesse des jours à venir. C’est une période où l’on se (com)plait à explorer les contours parfois encore sensibles au toucher de nos choix passés.

lemniscateChoisir c’est renoncer, c’est s’amputer d’un possible pour donner vie. En l’occurrence le ninjutsu m’a offert l’occasion de planter un greffon dans le moignon d’une branche coupée il y a 25 ans. Et même si ce choix n’en était pas un, même s’il s’agissait plutôt d’une évidence viscérale, je rends grâce à Cédric et à Damien de me permettre de sentir que ce possible n’est pas tout à fait mort (qui n’aime pas avoir le beurre et l’argent du beurre ? même si ce n’est qu’une partie de cet argent, je prends !).

Ce voyage au Japon revêt aussi à n’en pas douter un caractère initiatique. Or bien rares sont les traditions à ne pas associer initiation et passage dans les flammes, dans un creuset, une descente aux enfers. Pour moi c’est arrivé à la Saint Valentin, mais rien à voir avec Cupidon que je ne remercierai jamais assez pour son tir ajusté.

image oniDe cette journée, je retiens qu’un guerrier qui n’utilise pas ses outils extraordinaires pour combattre ses propres démons en devient un. Il devient en quelque sorte un contresens initiatique. Il emprunte alors une voie sombre, bordée de suivants dociles au milieu de rivaux à dominer.

La bonne nouvelle c’est qu’il est possible d’accoucher d’une école de guerriers pacifiques après la Mandchourie, nul n’est jamais définitivement hors d’atteinte de l’illumination.

Frédéric

Dixième voyage au Japon

Me voilà au Japon, pour un dixième voyage. C’est le troisième durant lequel je pratique le ninjutsu du Bujinkan. Certains diront que je suis en terrain connu mais aujourd’hui j’ai acquis la conviction que l’on est jamais au bout de nos surprises même après tant d’années.

Aussi bien sur la société et la culture japonaise que sur le ninjutsu, on pourra dire que le voyage aura été pour le moins enrichissant.

Malgré quelques petits soucis physiques, j’ai pu me rendre aux cours de Nagato, Nagasé et Shiraïshi.

Chaque cours a été l’occasion de constater « le chemin parcouru » mais également ce qui reste à assimiler, ce qu’il faut « ressentir » pour parvenir au contrôle.

Malgré des cours et des méthodes d’enseignement différents, j’en ai tiré un dénominateur commun qui est le Mutô Dôri.

Le Mutô Dôri… Typiquement le genre de mot japonais qu’on me demande souvent de traduire mais qui ne se résume pas à un seul mot.

Véritable alchimie (dédicace à Cédric) entre l’équilibre, la posture, la distance, le kûkan (l’espace ou le vide en japonais), le timing, etc … Le Mutô Dôri est ce vers quoi on doit aspirer car il permet un contrôle absolu.

Grâce à Hatsumi Soké et les différents Daï Shihan, j’ai confirmé cette impression que le Mutô Dôri ouvre un champ de possibilité infini à tôri alors que uké se voit entravé dans ses mouvements, confiné dans son corps, déstabilisé dans son esprit, et ébranlé dans ses certitudes…

Je me rappelle que durant ma première expérience au Honbu Dôjô ce qui m’a le plus marqué, c’est l’état de sérénité qu’affichaient Soké et les Daï Shihan. J’ai l’intime conviction que cela est dû en grande partie au Mutô Dôri : après tout, quand on contrôle notre corps, notre espace et donc tout ce qui nous entoure, de quoi peut-on avoir peur ?

Le Mutô Dôri a quelque chose d’hypnotique. Il est vraiment dommage de ne pas avoir vu Hatsumi Soké à l’œuvre et de ne pas avoir pu entendre le ressenti de ses différents uké.

Sur un plan plus personnel encore, je repars du Japon demain avec la satisfaction d’avoir un meilleur « feeling » et de moins forcer les choses (grâce à cela, j’ai moins l’impression d’être dans le brouillard a essayer de chercher ce dont j’ai besoin), et aussi la satisfaction d’avoir pu partager quelques expériences avec d’autres ninjas de notre dojo (le onsen en groupe, ‘y a rien de mieux pour le buyû ^_^ ; ).

Bisous à tous.
Mikael