Voici quelques anecdotes racontées par divers Daï Shihan* (et qui sont maintenant les Soke de diverses écoles), à propos de Hatsumi soke.
J’ai l’espoir que, non seulement elles sauront vous divertir, mais aussi vous donner à penser.
Soke était autrefois un homme colérique, il s’emportait facilement (il se serait même déjà battu avec des policiers, heureusement sans grande conséquence pour lui).
Mais au fil du temps, il a appris à se maîtriser et est devenu plus tempéré.
Il dira plus tard qu’il a appris cela de ses élèves. En effet, il considérait qu’il avait autant de professeurs que d’élèves : l’avantage quand on enseigne, c’est qu’on pratique avec tout le monde, et l’on peut donc apprendre de tous.
S’entraîner avec de nombreux élèves différents est donc un bon moyen de progresser techniquement, mais aussi humainement.
Soke ne ménageait cependant pas ses élèves : à l’époque ils pratiquaient dans une salle de 2×4 tatamis avec, d’un côté une baie vitrée coulissante… et il leur faisait faire des ukemi par dessus un sabre qu’il leur envoyait dans les jambes !
A l’un de ses premiers entraînements, le Daï Shihan raconte qu’il y avait un élève, un militaire un peu “bourru”, qui venait quand son service le permettait… et la première fois qu’il l’a rencontré, cet élève lui a déboité l’épaule sur une technique ! Soke s’est approché, a un peu râlé après l’élève, et a remis l’épaule en place le plus naturellement du monde.
Une autre fois, alors que Soke faisait passer un sakki test dans ce petit dojo, l’élève ayant déjà raté 2 fois, Soke a décidé de le faire avec un vrai sabre pour que l’élève sente mieux le danger (!). Et au moment précis où il allait abattre son sabre, l’électricité a sauté et ils se sont retrouvés dans le noir !
L’interprétation du Daï Shihan est que “l’énergie de Soke était trop puissante et trop concentrée pour une si petite pièce ” (l’histoire ne dit pas si l’élève a finalement eu son 5ème dan !).
A un autre des Daï shihan qui, à l’époque, venait d’intégrer le Bujinkan, Hatsumi Soke a demandé: “ Si je te demande de mourir, le feras-tu ?”.
L’élève ne sut que répondre. Il ne voulait pas donner une réponse qui ne soit pas complètement authentique, il ne pouvait pas mentir à Soke. Il a donc juste dit “Je ne sais pas”.
Pendant des années, il a souvent repensé à cette question.
Il y a quelques années, soit une quarantaine d’années plus tard, il a reparlé à Soke de cette conversation… et celui-ci n’en avait plus le moindre souvenir !
Ce devait être une question sur l’instant, une fulgurance oubliée aussi vite qu’elle était sortie, mais qui aura eu le mérite de faire réfléchir l’élève à propos de son engagement. Il est d’ailleurs encore là, enseignant toujours près de 50 années plus tard.
(et nous a précisé qu’il ne savait toujours pas répondre à cette question!).
Ce même Daï Shihan nous raconte que Soke est un homme très positif, mais qu’avant, il était toujours très sérieux, très occupé et stressé.
Puis il est tombé gravement malade et a mis cinq années à s’en remettre. Cela a eu de profondes conséquences sur son attitude : il a alors décidé de ne plus se stresser et d’être toujours positif.
Ce n’est pas pour autant quelqu’un de gentil : “ Seuls ceux qui ne le connaissent pas bien, disent de lui qu’il est gentil ”. Il pouvait d’ailleurs être très effrayant sur le tatami.
(Takamatsu sensei, qui était lui-même un homme sévère et effrayant, était d’ailleurs extrêmement gentil avec Hatsumi).
De ce que j’en comprends, Hatsumi sensei n’était ni « gentil » ni « méchant » (même si notre cerveau aime beaucoup ranger les choses et les gens dans des cases), je pense qu’il faisait ce qu’il estimait juste, que ça implique de trancher dans le vif, ou de rire de façon tonitruante dans le dojo après une blague grivoise !
Il ne s’agit pas de faire un culte de la personnalité – Soke n’était pas un saint, ni un ascète austère comme l’on pourrait imaginer un grand maître d’arts martiaux – mais on peut apprendre à la fois de son art et de sa vie.
Et l’on peut remercier Soke d’avoir consacré sa vie à apprendre et à intégrer les 9 écoles de guerre qui lui ont été transmises, d’en avoir tiré l’essence du budo sous le nom de “ninjutsu”, et d’avoir créé le Bujinkan.
Ce budo, par une lignée de filiation, en passant par Arnaud Cousergue et Cedric Dehlinger, est arrivé jusqu’à nous.
Il nous permet de passer des moments extraordinaires sur et hors tatami et, je le crois, de devenir de meilleurs êtres humains, plus équilibrés et plus heureux.
Et pour cela nous pouvons être extrêmement reconnaissants.
Damien
*J’omets volontairement de préciser qui a raconté quoi, ceux qui les connaissent bien reconnaîtront peut-être les auteurs de ces histoires (que ma mémoire ne trahira pas trop j’espère).

Gratitude pour ce partage Sylvie LQR
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